"J'ai rempli la baignoire. J'y ai laissé tombé quelques gouttes d'un des parfums de ma mère. J'ai enlevé tous mes vêtements, je les ai fourrés dans la panière à linge sale et je me suis glissée dans le bain bouillant avec délectation. Mon visage s'est couvert de sueur et j'ai senti mon coeur battre plus fort dans ma poitrine. D'abord, je me suis allongée en arrière, bras ballants, comme une algue flottant entre deux eaux, indifférente et molle. Ensuite, je me suis savonnée longuement, frottant avec méticulosité chaque centimètre carré de ma peau. J'ai lavé mes cheveux puis je me suis laissée glisser sur le dos jusqu'à ce que mes narines viennent effleurer la surface. Je suis restée immobile, en apesanteur, cédant à une douce somnolence. Je me suis enfin rincée abondamment, à l'eau froide, jusqu'à ce que je me sente parfaitement propre. J'aurai aimé que le jet d'eau pénètre dans ma tête, qu'il emporte avec lui ma douleur, mes doutes, mes hésitations, qu'il me laisse immaculée."